Aari, chapitre 12
27/01/2008 16:24 par lunastrelle
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Aari, chapitre 12
27/01/2008 16:24 par lunastrelle
XII : Sauvetage
Me voilà revenue à la réalité !Mes yeux s’ouvrent, ma poitrine se soulève.
J’ai presque oublié la sensation de respirer !
Mais pour l’instant, ma vue est trouble, je ne vois rien.
Luiden sursaute et tombe à la renverse. Je me relève, avec difficultés.
Deux bras me bloquent. Donc je reste assise. Puis, malgré cette situation rocambolesque, je me mets à m’esclaffer.
Luiden me regarde, ne sachant que faire, et est à son tour pris d’un fou rire.
C’est si bon d’être vivante !
Des secousses ébranlent mon corps, je lève la tête, et je vois Ethan, ses yeux posés sur moi, contaminé lui aussi par un rire inextinguible.
Nous restons ainsi pendant 5 bonnes minutes.
Les larmes aux yeux, je m’arrête la première. Je prends conscience de l’endroit où je suis.
Une salle énorme avec un gigantesque sablier devant moi, où l’eau coule en cascades.
Et derrière moi une tornade, restant à sa place.
Ca me fait un drôle d’effet.
« Bon, que fait-on ? Il faut réunir tous ces pauvres gens prisonniers ici et les réexpédier chez eux ! ». S’écrie Luiden.
Nous nous levons, moi et cet homme aux yeux sidéraux.
Qui m’a sauvé la vie.
« Il faut environ une quinzaine de jours pour les amener ici. »Calcule-t-il.
« On ne peut pas leur faire traverser le désert ! A cause du danger, et aussi parce qu’Aari ne survivra que 3 jours, tout au plus ! »M’exclamais-je.
Je ne sais comment j’ai appris cette information, sans doute ai-je entendu un écho des pensées de la planète, lors de mon séjour sous forme de corps astral.
Car en tant qu’ectoplasme je pouvais lire dans les pensées.
« Oui, il y en a un. Le Maître l’utilise pour venir ici.
-Quoi ? » Crient Ethan et moi-même en chœur.
« Un chariot.
-Où est-il rangé ?
-Essayons d’aller vois dans ses quartiers !
-J’irai seule. Je les amènerai tous. » Dit Luiden.
-Mais…
-Chaque voyage dure en moyenne 1 heure, chaque aller-retour. Ca devrait aller. »
Nous tentons de la retenir. Mais elle lâche d’un air triste :
-Ecoutez, mon rôle a été si peu important jusqu’à présent pour vous aider…
-Mais tu nous as indiqué la route !
-C’est peu de choses.
-Je t’accompagne moi aussi. Je ne vous ai causé que des ennuis…
-Ne dis pas ça, Océane…
-Inutile de refuser. Je viens avec toi.
-Allez-y, je surveille le vortex. »
Ce que nous faisons.
***
Nous courons dans le chemin du milieu à gauche. Il n’y a que deux portes au bout de celui-ci.
La première laisse voir un endroit noir, avec une sorte de caisson au milieu.
La deuxième ressemble à un entrepôt.
Trouvé !
Le chariot trône, au milieu. Il s’agit d’une sorte de aéronef, avec un balcon ou passerelle si vous préférez très large.
La cabine est entièrement de verre.
Luiden et moi calculons que l’on peut transporter 20 personnes. Sans tarder, Elle se met aux commandes, trouve le bouton de démarrage. Moi je me mets à l’arrière, en tentant de remonter un peu mon corsage, qui me gêne réellement. C’est ici que nos rescapés vont être transportés.
Moi je serai chargée de les rassurer et de leur raconter ce qu’il se passe.
Ils ont le droit de savoir.
Le chariot s’élève lentement dans la pièce. Le toit en forme de coupole s’ouvre, laissant voir un ciel familièrement pourpre, oui, le soleil s’est levé, et nous filons aussi vite que l’éclair dans le désert…
***
Un petit garçon apporte un bol de gaïta à sa mère, qui ne peut plus marcher. Il soulève la tenture brunâtre de la hutte, se dirige vers elle. Il s’assied à côté d’elle, soulève doucement sa tête. Ses yeux verts regardent avec tristesse celle qu’il aime le plus au monde. Elle est allongée dans un lit, souffrante. Ses cheveux devenus blancs, à cause de sa maladie, atteignent ses hanches. Son visage, pâle, est creusé de rides. Elle a des origines elfiques, tout comme son fils. Il commence à lui donner à la cuillère de ce potage exécrable quand il entend des cris. Il pose le bol à terre, et, sans répondre aux questions de sa mère, sort de sa hutte et voit un chariot se poser au milieu de la petite place ensablée.
De taille impressionnante, et le reconnaissant, il recule, terrifié.
Le Maître est revenu.
Mais pourquoi s’est t-il posé au milieu de la place ?
Les ombres surgissent du palais, croyant reconnaître le Maître. Les fugitifs courent en tous les sens, complètement affolés.
En constatant que ce n’était pas lui, menaçantes, elles s’approchent du chariot…
***
Terrifiée, n’ayant pas prévu cet inconvénient, je me recule vers la cabine. La paroi de verre est froide contre mon dos.
Soudain, elles s’arrêtent, me fixent, et semblent s’agenouiller à mes pieds.
Stupéfaite, je ne bouge plus.
De la cabine, Luiden me regarde, et fait remarquer :
« Elles ont été bluffées par l’uniforme. »
Je mets deux secondes à comprendre.
Mes habits !
Mais oui, je suis sensée être la future Aari !
Même si je ne suis pas sacrifiée encore, j’attire le respect, et la crainte, en même temps.
D’ailleurs, tout le long du trajet, je me suis demandé où était passé le Maître, que je n’ai plus revu depuis ma « mort »…
Ce qui m’échappe, c’est cette confiance que ces ombres font à la future Aari…
Une foule se forme, assez distante de nous, curieuse et effrayée. Je m’avance vers la passerelle, la timidité me serrant la gorge.
Une idée germe dans ma tête.
Je commence à parler :
« Notre Maître s’est égaré dans Aari, en voulant me faire fusionner avec. Il m’a renvoyée ici pour vous demander de l’aide. »
Luiden me fixe d’un regard ébahi. Moi-même je m’étonne !
Je continue :
« Je vous ordonne d’aller le chercher ! »
Elles se dispersent sous mes yeux encore stupéfaits aux confins du désert, certaines plongeant sous terre.
Ca a marché !
Je regarde la foule, qui ne savait plus que faire, et je le dis :
« N’ayez pas peur. Nous allons vous délivrer de là, ce n’était qu’une ruse pour éloigner les ombres. »
J’enchaîne :
« Grâce à ce vaisseau, nous allons vous emmener dans un endroit, où est située une machine capable de vous renvoyer chez vous
-Mais nous ne savons même pas qui nous sommes ! »S’exclame une femme aux cheveux courts, violets, et aux yeux orange.
« Je vous promets que vous retrouverez la mémoire une fois rentrés chez vous. Dans l’instant immédiat.
-Mais le Maître va nous punir ! »Balbutie un adolescent, humain, tout comme moi et Luiden. Sa mèche noire rebelle danse devant ses yeux un peu effrayés.
« Le Maître ne fera rien, il a été vaincu. Il faut partir d’ici immédiatement, à cause des ombres qui peuvent revenir, et aussi parce que vous allez tous mourir. »
J’entreprends de leur expliquer l’essentiel sur Aari, son rôle, leur rôle à eux, et sa mort prochaine.
Ils m’écoutent, pétrifiés. Pas un souffle ne vient troubler ce silence tombal.
Le petit garçon à la gaïta s’écrie alors :
« Partons d’ici, vous avez entendu ce qu’elle vient de dire !
-Oui venez, mais pas plus de 20 personnes à la fois ! »
Elles font une file. Mue par un instinct, j’ajoute :
« Les enfants malades d’abord, et les handicapés ensuite. Après tous les autres ! »
***
Ethan regarde la cascade s’écraser dans le sablier, en une gerbe d’écume. Ses yeux marins brillent de joie, mais aussi de tristesse…
Ne pense pas à ça, se dit-il, ils trouveront un moyen de se voir.
S’il existe…
Mais il doit exister !
***
« Papa ! Regarde, dans la chambre de maman il y a un trou !
-Oui, un gros trou dans le mur !
-Qu’est ce que vous me racontez ? Arrêtez de dire des bêtises et retournez jouer dehors. »
Les yeux violets des petites brillent d’excitation
« Non papa, c’est vrai, je te jure viens voir ! »
Soupirant et excédé, il se lève, et suit les deux fillettes. Quand il entre dans la pièce chargée de souvenirs douloureux, ses yeux s’écarquillent de surprise…
***
J’arrive dans la pièce, accompagnée de 20 personnes, Luiden m’attend dans l’aéronef. Je repars illico presto.
Ethan s’avance vers eux, leur fait un sourire. Il tend la main à un enfant, à la peau imberbe et bleue, celui-ci lui donne la sienne avec timidité, et tout doucement les deux s’avancent vers le tourbillon…
***
3 jours plus tard.
Le filet d’eau est très mince. Nous avons de la chance les ombres ne sont toujours pas apparues !
La tornade devient instable.
Ethan s’impatiente, inquiet. Aari va bientôt exploser !
Vite dépêchez vous !
Luiden et moi débarquons en catastrophe dans la pièce avec les derniers habitants. Nous avons évacué à peu près 1 millier de personnes !
Je halète :
« Les ombres sont au courant de notre supercherie, elles s’approchent à grande vitesse ici, il faut se dépêcher ! »
Une fois la dernière personne passée, nous nous prenons les mains, Luiden, moi et Ethan.
Nous disons à notre amie, la première à partir de nous trois, un très long au revoir chargé d’émotions.
Le filet d’eau s’est arrêté.
La dernière goutte s’est évanouie dans le sablier.
Une première secousse se fait sentir.
Luiden nous serre contre elle, et, avec calme, s’avance vers le vortex, qui l’engloutit.
La tornade est maintenant de taille modeste, mais est de plus en plus furieuse.
***
Une espèce de « trou noir » apparaît à l’orée d’un bois, effrayant animaux et insectes.
Une chouette mal réveillée pousse un hululement rauque et mécontent…
***
« Bien, c’est ici que s’achève notre route, notre périple…
-Oui… »
Nous sommes interrompus par des hurlements de rage.
Les ombres !
Je regarde Ethan, et murmure :
« Adieu…
-Pas encore Océane, il n’y a qu’un seul vortex, j’ai demandé de ne pas ouvrir le tien. Je veux que tu m’accompagnes jusqu’à mon vaisseau, qui est réparé. De plus, je ne crois pas que tu souhaites revenir chez toi dans des circonstances aussi bizarres… »
Elles surgissent en masse vers nous.
Il me prend la main.
Un tremblement se produit, et des cris rauques et lugubres nous déchirent les tympans.
Les ombres, comme sous l’effet d’une grande douleur, sont affalées à terre, gémissant sans cesse.
Ces râles d’agonie nous ramènent à la réalité, nous nous tournons vers le vortex.
Les murs s’ébranlent avec fracas. Des fissurent commencent à les lézarder.
Une ombre parvient à se relever, et se jette sur nous.
Nous plongeons littéralement dans la tornade.
Derrière nous, une explosion d’une ampleur inouïe détruit le palais, et l’ombre qui nous suit semble s’évaporer sous l’effet du choc.
2 minutes plus tard, la planète explose toute entière, des rayons de lumière partent dans toutes les directions de l’espace.
Tout est dissolu, tout n’est que néant…Un soupir seul reste, éphémère, qui semble être de soulagement…
©Lunastrelle (Ecrit au cours de l'été 2006... Correction achevée au printemps 2007)