Aari, chapitre 2
14/09/2007 17:08 par lunastrelle
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Aari, chapitre 2
14/09/2007 17:08 par lunastrelle
Image qui n'a rien à voir par rapport au texte.
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II : les Elus de la Souffrance
Un monde nouveau…Mais où les âmes hurlent... De désespoir, et les sanglots nourrissent cette terre aride. Le soleil rouge sanglant se lève à peine, masquant la lune couleur blanc cadavre. Il fait déjà suer nos pauvres corps chétifs. Ceux qui sont ici ont leurs yeux désertés par la vie. Moi, cela fait une semaine que je suis là…Les grondements et le tonnerre me sont devenus familiers, maintenant…
Ce monde vit ainsi.
Ce monde, c’est Aari…
***
Elle s’approche de moi. Sans ménagement, elle me saisit le bras et m’ordonne de la suivre. Ses yeux enflammés me dissuadent de refuser.
Donc je m’exécute.
Sa robe noire, la caractérisant comme une ombre, volette légèrement même en absence de vent, comme douée d’intelligence et dotée d’un système nerveux.
Ici, toutes ces créatures aux contours indéfinis, tout comme leurs sœurs qui m’ont enlevée, sont comme Elle. Je ne sais quelle est leur taille, mais je sais de sûr qu’elles sont plus grandes que nous tous, prisonniers de cette terre inconnue et hostile.
Mes pieds avancent tout seuls, et sont déjà desséchés par la dureté du sol et le sable…Car je marche pieds nus, habillée d’une chemise et d’un pantalon bruns que l’on m’a fait mettre à mon arrivée. D’ailleurs, de mon arrivée, je m’en souviens vaguement.
A mon arrivée…
La première chose que j’ai vue, c’était un désert noir. Oui, le sable est noir ici. Et brûlant.
Des montagnes délimitent l’endroit où l’on m’a conduite, et où je suis prisonnière. Ces ombres sont les seules habitantes d’ici, à part d’autres malheureux qui ont subi le même sort que moi…Mes parents me manquent tellement…Je pleure en silence quand je pense à eux, mes amis, Eliane, la petite salle de gym, la bibliothèque…
L’une d’elle vient donc me chercher. Nous avançons en silence. J’arrive devant un bâtiment gris jaunâtre.
Ses dimensions sont énormes, et ses formes absolument hideuses, rectangulaires.
J’ai peur.
Mon esprit semble savoir ce qui m’attend là dedans…
Nous entrons.
***
Les murs sont de brume. J’arrive dans une petite salle, aux lumières oranges. Les détails, je ne les perçois pas, ces néons orangés m’aveuglent. Un individu s’approche de moi. Il est de forme humanoïde, mais les contours de son visage, et même de son corps, demeurent flous.
Mais lui est réel, vivant.
Sans m’avertir, il me colle la main sur le front, le contact me brûle. J’entends un ricanement. Tout est noir, tout est froid. De très loin j’entends des paroles glaciales :
« A Aari tu es venue, a Aari tu resteras désormais. Tu es seule au monde, personne ne se souvient de toi sur Terre. Tu es seule. Anonyme. Ici, une mission t’attend…Car tu es une Elue, condamnée à la souffrance…
***
Tiens, c’est la distribution de « gaïta ». Je vous explique : c’est une sorte de pâte aux œufs (aucune idée de leur provenance) et au sel, le tout cuit dans une sauce noire. Ce n’est pas très bon, c’est même immangeable, mais quand on a faim…
J’ai oublié d’où je viens, j’ai oublié qui je suis…Je sais que je m’appelle Océane, mais après…
Noir total.
Mon front me fait encore mal, mais je n’ai aucune trace. Enfin, physique, parce que mentalement cela restera ancré en moi…
Cela fait trois jours depuis la rencontre de cet être.
Une fille, plus âgée que moi, mange sa gaïta avec lenteur, comme si chaque bouchée pouvait l’aider à se rappeler qui elle est…
Car elle aussi, et les autres malheureux qui sont avec moi, ont oublié leur passé…Les grondements animant ce monde, je ne les écoute même plus. Mais ils accompagnent mes cauchemars comme le clavecin la mort de quelqu’un…
***
Qu’est ce que j’ai mal aux mains, c’est affreux !
A force de frotter le sable du campement où je suis, mes mains sont crevassées.
Notre campement…
Ce ne sont que de simples huttes, marron tirant sur le jaune. La route et la petite place sont pavées, mais envahies par le sable noir, et notre « job », ici, c’est de l’enlever pour le remettre dans le désert.
Le plan est très simple : imaginez une place au centre, une toute petite place. Autour se trouvent des huttes, beaucoup, beaucoup de huttes, des centaines, des milliers même.
Un chemin sépare notre campement en deux.
La première extrémité de ce chemin mène droit dans le désert.
La seconde extrémité mène vers cette bâtisse jaunâtre qu’on surnomme tous « palais ».
Ce dernier domine toute cette communauté composée d’enfants, d’hommes, de femmes, de personnes âgées… Certains ont la peau bleue, d’autres sont de petite taille, et encore d’autres ont les oreilles pointues, …Nous sommes plusieurs espèces différentes ici, tous venant de planètes différentes, je n’aurai jamais imaginé…Quoi ? Je ne me souviens pas…
Tous dans les mêmes vêtements, sans identité propre, le même vide dans tous les regards… avec frisson cela me rappelle quelque chose, un événement grave qui s’est passé dans mon monde mais je ne peux déterminer c’est quoi, j’ai tout oublié…Et mon monde, je ne sais même plus à quoi il ressemble…
***
Quelques temps plus tard (j’ai perdu cette notion), on revient me chercher. On me ramène dans ce palais. Je le revois, mais cette fois il me conduit dans une pièce, avec une sorte de table au milieu, de couleur saumon. Cette salle est aussi imprécise que la première. A croire qu’ici tout n’est qu’ombres…
J’arrive quand même à percevoir la couleur de cette brume, tirant sur le gris. Le sol est composé de dalles noires comme la nuit, j’ai l’impression d’étouffer, de me brûler les poumons en regardant ce sol…
Je crois qu’il est composé de ce sable noir, mes pieds ressentent une chaleur dès que je pose le pied sur ces dalles…
Il me force à m’asseoir sur cette table, puis il me lie les poignets, qu’il ramène devant moi. Il fait de même avec mes chevilles.
Le métal est froid contre ma peau brûlante et déjà grillée par le soleil rouge d’Aari.
J’attends.
Un chuintement se produit. Je me retourne, un autre humanoïde, au visage neutre ( j’arrive à le voir, pas comme l’autre, je dirai que c’est un automate ou un robot, au choix) agite une longue tige dans…Du feu !
Il s’approche de moi, après l’avoir bien chauffée à blanc. Ma gorge devient sèche. J’entends un rire rauque. Son destinataire prend la tige des mains de l’autre humanoïde. Il soulève ma chemise et, avec lenteur, applique le bout de l’objet dans mon dos.
Je hurle, je m’évanouis. Mais pas pour longtemps. On me réveille à coups de gifles.
La douleur revient, dans mon dos, mais elle se déplace. Le manège dure un long, très long moment. Je m’évanouis à plusieurs reprises, mais je reviens à la réalité à chaque fois, d’une gifle, pour que je ressente la souffrance à chaque seconde.
Le « tatouage » est fait.
C’est une sorte de cercle avec une étoile à l’intérieur. Qui déborde du cercle.
On me détache, on me ramène, tremblotante, dans mon camp, on me jette à terre, je me relève, puis je retombe à genoux, on me rattrape, je sombre dans les méandres de mon inconscient…
***
Quelqu’un me passe un linge frais sur mon front et mes tempes. J’ouvre les yeux, je suis allongée sur les genoux de cette personne. Je croise son regard, et mon cœur se met à battre…Ce regard…
Je l’ai déjà vu.
Oui ! Un déclic se produit dans ma tête. Il s’agit de cet inconnu que j’ai vu à la bibliothèque, qui a tenté de me sauver, de me prévenir…
Attends, Océane, quelle bibliothèque ? De quoi tu parles ?
L’inconnu semble lire dans mes pensées, il me dit d’une voix douce :
« Des souvenirs de ton passé commencent à ressurgir, c’est normal. D’ici quelques jours de vos jours terrestres, tu te souviendras de tout. »
Je ne comprends rien : comment cela peut-il être possible ? Pourquoi les autres malheureux prisonniers ici n’ont pas retrouvé la mémoire ?
Aucun doute, il LIT dans mes pensées, car il me répond :
« Parce que je t’ai fait boire quelque chose qui te le permettra. Je l’ai gardé pour toi, quand j’ai su que tu ne pourrais pas t’échapper de leur emprise. Je l’ai gardé parce que je sais que tu peux m’aider, que toi aussi tu peux tous nous sauver. Parce que nous sommes des Elus…
-Non, je ne veux pas être une Elue, je ne veux pas être celle de la souffrance…
-Ecoute-moi Océane. Non je te parle d’autre chose. Vu que je n’ai pas réussi à te sauver de leurs griffes, je t’ai attendue. Je t’ai observée, sans venir vers toi, parce que sinon cela aurait été suspect. Je me suis comporté comme les autres, car « ils » ne savent pas que moi aussi j’ai retrouvé la mémoire… »
Je l’écoute attentivement, buvant ses paroles.
« Je viens d’une autre planète, un monde à peu près comme le tien, sauf que depuis longtemps les guerres se sont éteintes et l’envie de meurtre est réduite à néant. J’ai été enlevé de la même manière que toi. Ce monde, Aari, est un monde qui, partout dans l’univers, crée des passages intergalactiques ou subatomiques sur des planètes et capture quelques habitants. D’où le « trou noir » que tu as toi-même observé, même si ce détail ne t’est pas encore revenu. Leur seul but est de trouver les Elus de la souffrance, comme ils nous surnomment, afin de nourrir cette planète, plus précisément les grondements que tu entends ici là. Et que tu as déjà entendu quand ils t’ont enlevée. Mais, toi et moi, faisons partie d’autres Elus, eux, ce sont les Elus de l’espoir, qui pourraient mettre fin à ce monde et à leurs souverains.
-Donc, si je comprends bien, ce sont une sorte de vampires, qui aspire notre énergie spirituelle, identitaire, et nos souvenirs, pour nourrir leur monde !
-Oui, c’est cela. Si tout le monde part, la planète s’éteint, et se change en pure énergie, qui se dispersera à travers l’espace et apaiser les morts et les vivants. Car, cette pure énergie est composée de toutes les identités qui sont mortes ici, ou qui ont eu une partie de leur énergie volée ou aspirée si tu préfères. Bien sûr, cette histoire d’énergie fait partie du domaine psychique et mystique pour ton espèce, elle n’est pas encore arrivée à décrypter ces sciences qu’elle trouve paranormales…Sauf quelques-unes.
-Attends. Si on réussit à stopper tout ça, l’énergie ou les souvenirs des victimes encore vivantes ici leur reviendront !
-Exactement. Mais malheureusement ils n’oublieront pas ce qui s’est passé ici… »
Je me plonge dans mes pensées, puis je le regarde. Il est à peine plus âgé que moi, et peu différent d’un homme sur terre. Sauf que ses cheveux sont blancs, son visage est plus fin, avec des traits elfiques je dirais, et ses yeux, en amande, sont comme ceux d’un chat. Ils sont d’un bleu foncé. Ses pupilles sont rétractées au maximum à cause de la lumière du soleil, et me regardent attentivement. Je baisse la tête, et des larmes commencent à couler sur mon visage amaigri. Doucement, des bras m’enlacent, je me laisse aller contre sa poitrine.
« Océane, je te jure que nous y arriverons, tu retrouveras ta famille, je te le promets…
©Lunastrelle (Ecrit au cours de l'été 2006... Correction achevée au printemps 2007)
