Un bâton pour se défendre, et non pour tuer... Le regard ouvert, prêt à tout affronter...
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©Tous droits réservés (le 24 Février 2007)
Une mère pleure, ainsi que son mari, assis sur une chaise, le regard vide.
Sur la table de leur salon, des photos, des journaux, sont étalés, avec le portrait d’une jeune fille aux cheveux bruns, ses yeux sont un peu bridés et sont colorés de vert. Elle est souriante, a le teint mat…Ses joues sont pleines sans excès, son visage en amande, ses traits fin et réguliers…
Il s’agit de leur fille.
Cette mère se lève, se met à la fenêtre du petit salon aux meubles anciens, écarte les lourds rideaux blancs cachant la vue des fenêtres aux regards indiscrets.
Ses cheveux bruns, coupés courts, soulignent parfaitement la maigreur de son visage ravagé. Ses yeux verts, comme ceux de sa fille, sont noyés par un torrent de larmes.
Le mari ne bouge pas de sa position, ses cheveux blonds en bataille.
Mais où est-t-elle ?
Son frère parcourt tout le village où elle vit, et la ville où se trouve son lycée.
Pour la retrouver.
Il est en scooter, sur la route le menant chez lui, les yeux inondés de larmes et son visage exprimant la rage.
Il conduit cependant raisonnablement.
Mais une voiture, passant à toute allure, le fauche : son scooter rebondit sur le capot, et il voltige sur le trottoir d’en face.
Il tombe sur la tête, heureusement il porte un casque.
Mais du sang coule de son abdomen.
Un hurlement de sirènes se fait entendre, suivi d’une ambulance surgissant à toute allure.
Les ambulanciers sortent le brancard, posent doucement le jeune homme dessus.
Puis les infirmiers s’occupent de lui dans la voiture d’ambulance, le branchent à un respirateur artificiel.
Il sent qu’on le transporte, il entend le brancard rouler.
Il est dans un hôpital, l’odeur des antalgiques, anesthésiques, rôde dans les couloirs…
Il est dans une pièce, un bloc opératoire, Les chirurgiens s’affaissent autour du corps, tentant de le sauver…
***
A l’aube (nous n’avons pas dormi), je réveille Luiden, et nous lui expliquons la situation. Elle nous regarde, et esquisse un sourire.
Elle sait pour nous 2, du moins elle s’en doute.
Cela se voit-il tant que ça, que nous éprouvons des sentiments l’un envers l’autre ?
« C’est très embarrassant, et je pense qu’il est déjà là-bas, je ne peux pas l’expliquer, mais je le sens…
-Il nous attend…M’attends, je suis sa fille…
-Non, pas encore Océane ! » Dit Ethan énergiquement.
Je le regarde, ne sachant que répondre.
Je choisis donc de me taire, et je me tourne vers Luiden :
« A moins d’être une ombre, d’être invisible, je ne vois pas comment on pourrait y aller…
Et même, il sentira notre présence, la reconnaîtra…
-Océane, et si nous usions de mes pouvoirs télépathiques pour détourner son attention…
-Non, c’est complètement insensé, tu ne peux pas utiliser tes pouvoirs ici, tu l’as dit toi-même, la planète absorbe ton énergie, l’affaiblit…Et cela se voit : dans le palais tes projections étaient de courte durée, et tu étais essoufflé…Comme si cela te demandait un effort considérable, alors que, je pense, cela n’est pas le cas d’habitude…
-Oui c’est vrai, Océane a raison, de plus, tes pouvoirs font partie de ton identité, et même si tu as recouvré la mémoire, ce qui n’est pas mon cas, la planète agit comme une force contraire sur toi, t’empêchant de les utiliser…
-Je me soumets, d’accord…Mais il y a quand même moyen de retourner cet inconvénient à notre avantage…
-Non, vaut mieux pas » Dit-je d’une voix lasse.
Je regarde les dunes noires s’allongeant à l’infini devant moi, comme pour me dissuader de continuer ma route. Je réfléchis, mais je ne trouve rien.
Je suggère:
« Je nous conseille de songer à ça pendant la route, nous devons nous rendre là-bas, d’une façon ou d’une autre !
-Mais nous n’avons pas de carte, d’ailleurs, on a marché à l’aveuglette depuis notre fuite, on a eu de la chance de ne pas être morts…
-N’avez vous pas remarqué quelque chose cependant ? »
Nous le regardons, avec un air interrogateur.
« Les grondements… »
Je comprends :
« Ils se sont accentués depuis notre départ…
-Et l’endroit où va le Maître est leur origine, même si toute la planète n’est que roulements de tambours… »Achève-t-il.
Je n’ai aucune idée de ce qui m’arrive, mais je sens une idée germer en moi, qui m’est pourtant inconnue…
***
Au bout de 5 autres jours, nous sommes toujours en train de cuire sous le soleil. Ma peau est devenue rouge malgré la protection précaire que m’offrent mes vêtements.
Je fais toujours des rêves bizarres, sans aucune signification…
Nous couchons toujours à la belle étoile, le désert semble ricaner de notre présence. Ce qui était chez moi une impression est une certitude : les grondements s’accentuent au fur et à mesure de notre avancée dans cette fournaise. Ethan a raison, mais je n’étais pas sûre de ses dires. Enfin, quoiqu’il en soit, ils se sont accentués. C’est notre seul point de repère, notre seule boussole, espérons qu’elle soit fiable…
Le soir, Ethan et moi en profitons pour discuter, une fois Luiden endormie.
Ce soir là, nous nous éloignons un peu du campement, comme d’habitude, nous nous asseyons dans le sable dont la chaleur est encore élevée, mais ne brûlant plus la peau, et il me prend dans ses bras. La lune cadavérique, de son halo fantomatique, éclaire ce ciel teinté de marron aux vilains aspects noirâtre. Je me blottis contre lui, on aurait dit un couple, comme dans final fantasy 8, celui de Squall et Linoa…Et il me raconte, en premier, une anecdote de sa vie :
« Eluna possède 6 lunes, de différentes couleurs, et tous les 6 demis runnis seulement on peut les voir ensemble, et tous les mille runnis une éclipse totale des 6 lunes en même temps…Le spectacle est vraiment magnifique, j’ai eu la chance d’observer cet événement, alors que d’autres non, et on peut maintenant admirer chaque parcelle de notre ciel et de nos paysages redevenus verts et merveilleux depuis que nous avons trouvé le moyen de remédier à la pollution, depuis 600 runnis… »
Son peuple est beaucoup plus avancé que le mien, il reste encore du travail pour nous, déjà avec les Américains, enfin leur président, qui refuse de signer le traité de Kyoto sur la diminution de la consommation des carburants fossiles, et qui prennent plutôt la pente inverse…
Et surtout, l’inégalité est très forte entre les pays, 3 milliards de personnes souffrent de la faim dans le monde, du manque d’hygiène, etc…
Je lui raconte ça, avec un peu de honte. Il me sourit et me caresse les cheveux.
Une question, me brûlant les lèvres depuis un certain temps, surgit de mes lèvres :
« Comment se fait-il que nous parlions tous la même langue ici ? Comment se fait-il que tout le monde connaisse le... Français chez nous ?
-Ah, ça, c’est parce que le français tire ses origines du… latin, oui, c’est bien le latin chez vous, qui tire lui-même ses origines d’une langue commune…Qui se retrouve aussi sur toutes les planètes. La langue universelle.
-Mais ne devrait-il pas y avoir des variances… ?
-Je vois ce que tu veux dire. Moi-même vois-tu, je ne comprends pas. Désolé je ne peux répondre à ta question. De toute manière, je crois que la logique n’est plus de mise… »
Je me replonge dans mes pensées, insatisfaite.
Depuis 5 jours, j’ai eu largement le temps de réfléchir. A autre chose, qui est plus primordiale.
Je lui fais part de ce que je rumine :
« Ethan, pour pouvoir vaincre ce monstre, il faut que l’un de nous se rende, pour faire diversion, pendant que les autres s’occupent de ce qu’il faut faire…C’est à dire ouvrir le passage à toutes les portes de l’univers en même temps, de façon à faire mourir Aari… »
Il me regarde, hoche la tête, confirmant mes hypothèses. Je continue sur ma lancée :
«Car je crois qu’il utilise l’énergie vitale de la planète…
-Et les portes vers les planètes seront maintenues ouvertes tant qu’il y aura de l’énergie pour maintenir le vortex.
-Mais comment savoir quelle porte nous mène vers notre planète ?
-Ton esprit le sait, personne ne se trompera, la machine a été conçue ainsi pour les ombres. »
Voyant toujours mon regard interrogateur, il m’explique :
« En fait, il s’agit d‘un énorme vortex où tout le monde passe, et il se divise après, renvoyant les bonnes personnes sur les bonnes planètes, il connaît chaque identité, chaque planète…Car cette machine a la capacité de mémoriser chaque passage, de quelle planète vient son chargement…
-Comment sais-tu ça ?
-A Aari, on apprend beaucoup de choses, tu sais, j’ai retrouvé un écrit parlant de ça…Mais les ombres m’ont vu, me l’ont arraché des mains et l’ont détruit. Cette machine a été inventée par ce monstre, et ce dernier a exterminé toute une population il y a de cela 4 ans terrestres, ici je ne sais pas, la notion du temps a disparu, c’est pour cela que le bâtiment que nous avons vu et où nous avons logé était récent…Le Maître a profondément transformé cette planète, et ces grondements sont plus chimériques, mentaux, que vivants, la planète en elle-même est un zombie…Mais je ne peux expliquer le reste, comment il la nourrit, comment il l’a transformée, c’est un domaine irrationnel…
-Chez nous c’est du fantastique ou de la fantasy…
-Ces ombres ont pensé que je n’avais pas eu le temps de prendre connaissance de ce précieux document, ou que ma mémoire ne le retiendrait pas…Parce qu’elles ne m’ont pas emmené chez le Maître pour me condamner… »
Je respire un grand coup, je me détache de lui et le regarde droit dans les yeux :
« Ethan, c’est moi qui dois me rendre, en tant qu’Elue je peux résister le temps que vous ouvriez ce vortex…Après tout, il ne peut pas me faire du mal, même si en sa présence ma marque me brûle, je suis destinée à la planète, donc il doit se comporter comme un père…Et une mère.
Je lâche ces derniers mots comme si j'étais essoufflée, avec honte. Il me regarde, et dit :
« Il est hors de question que ce soit toi la victime.
-Nous n’avons pas d’autres choix ! Luiden et toi connaissez mieux la procédure à suivre, et moi seule peux affronter le Maître, je sais…
-Très bien ». Dit-il d’un ton triste et résigné, parce qu’il sait que j’ai raison.
On se relève, pour aller dormir et préserver nos forces…
Il met longtemps à lâcher mes mains, ne supportant pas l’idée que je sois entre les griffes de ce monstre, de me perdre...
C’est la dernière ligne droite.
***
Je sais que je devrais dormir, mais je n’y arrive pas.
Tant de questions, de pensées mettent mon esprit à rude épreuve.
Tous ces rêves que je fais, je crois savoir ce que ça signifie…
Ce sont les futures étapes du lendemain.
J’explique : le rêve que j’ai fait sur l’hiver, me montrait en gros que j’allais traverser une période stérile, pleine de tourments.
C’est ce qui s’est passé, les jours suivants j’étais torturée par ce tatouage et par Ethan.
La rivière, à mon humble avis, devait me diriger jusqu’à mon deuxième rêve.
Celui avec le cercueil.
Qui me révélait que j’allais tenter de mettre fin à ma vie, mais que c’était trop tôt…C’est pour ça que dans le cercueil j’étais encore vivante.
D’autres rêves troublants sont venus perturber mes nuits, et à chaque fois me racontant ce qui allait se passer le lendemain, en métaphores et images.
J’ai un peu peur, mais je suis rassurée.
Mes rêves en plus se suivent…
Ensuite, la deuxième chose qui me préoccupe, c’est cette dernière ligne droite, que je m’apprête à franchir.
J’ai peur, tellement peur… Je n’ai plus envie de le revoir, je l’ai fui, mais je vais devoir revenir à lui, pour tous nous sauver…
Je ne veux plus qu’il me touche…
Mais je vais devoir quand même retourner là bas.
Enfin, un troisième souci me hante, plus que les autres.
Mes souvenirs me tiennent un peu compagnie, mais n’effacent pas la peine que j’ai dans mon cœur.
Ethan…J’aurai tant voulu que tu ne me connaisses pas, que tu ne sois pas prisonnier d’ici…
***
Un homme joue dans le jardin avec ses deux filles. On aurait pu penser qu’ils sont heureux, mais leurs yeux expriment une grande tristesse.
Leur père les regarde attentivement, et trouvent qu’elles, avec leurs cheveux blonds et leurs yeux violets, ressemblent beaucoup à leur mère, disparue depuis de nombreuses Ana…
Des larmes coulent sur son visage d’ébène, il regarde les deux soleils à l’horizon, formant un ballet gracieux, priant pour qu’elle revienne…
©Lunastrelle (Ecrit au cours de l'été 2006... Correction achevée au printemps 2007)
Image par Lilianna Sanchez
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